Suivant les pas de Mario, nous nous dirigeons apres 3h de montee au milieu de rochers plus ou moins stables, vers le refuge a 5100m pour y passer le debut de la nuit. On se sent bien petits au milieu des montagnes surtout quand on passe au-dessus des nuages. Dans nos sacs, crampons, chaussures de neige, piolets, pantalons de ski, anoraks, guetres et gants. On ne sait pas bien ce qui nous attend, aucune experience de haute montagne, mais on y va. Le mental est la, on pensait que ca suffirait mais vous verrez plus tard, qu on a oublie de prendre en compte un element !
Dans le refuge, l ambiance est tres bon enfant, on fait connaissance, et on evite de parler de ce qui nous attend le lendemain (ou plutot la nuit meme).
Diner bien trop copieux servi a 17h, et tout le monde au lit a 19h. L´ascension se fait de nuit pour des raisons de securite.
Difficile de trouver le sommeil si tot surtout a cette altitude et au beau milieu d un orage dechaine : grondements de tonnerre incessants, eclairs, vents violents et chutes de neige. On tourne un peu en rond dans nos sacs de couchage, on pense meme que l ascension va etre annule vu les conditions meteo, puis vers minuit l orage s eloigne.
Vers 1h, on se leve, un peu congele et pas bien convaincu, on se prepare, on chausse les crampons et vers 2h du mat on s encorde et on commence la lente montee vers le sommet.
Pas evident de trouver un rythme de croisiere, le coeur bat la chamade, impossible de remplir entierement nos poumons. Alors je trouve des excuses pour m arreter (ca c´est pour faire plaisir a Stephane !) : trop chaud, trop froid, envie de me moucher, de boire un coup, de faire une photo... Tout ca pour me rendre compte qu il est quand meme plus agreable d avancer lentement mais surement. Les heures passent, le froid se fait de plus en plus ressentir, surtout lors des rafales de vent et de neige. A chaque pas, j ai envie de m arreter mais je me retiens, je prends sur moi.
On est toujours partage entre la volonte de se depasser et d aller toujours plus haut, et entre le fait d ecouter son corps et de ne pas se mettre en danger .
Plus le temps passe et plus on marche lentement. Le temps se degrade au fil des heures. Les eclairs au loin nous rappellent un peu notre inconscience ! Vers 5h30 nous avons depasse les 5800m, nous avancons dans la brume avec le peu de force qu il nous reste (surtout moi) tout en gardant en memoire que les 200m les plus raides sont les derniers.
Avec les piolets et les crampons, nous sommes de parfaites cibles pour la foudre, nous decidons donc de rebrousser chemin apres tant d effort et de regagner le refuge.
Sur les 8 partis ce jour, aucun n est arrive au sommet. Le mexicain aura ete le plus endurant mais les conditions meteorologiques etaient affreuses et il y a un moment ou il faut savoir s arreter. La raison de chacun aura depasse l envie d atteindre le sommet.
Et pour reprendre une phrase de ma cousine citant Mallory, ''le sommet n est un terme qu en apparence et le chemin vrai n a de sens que s il mene au coeur de soi'' |